Le mentorat pour les patients et les professionnels de la santé

par | 21 Juin 2021

Alors que les personnels soignants ont été fortement éprouvés par la pandémie mondiale, les pratiques de soutien telles que le mentorat pourraient leur être utiles. Elles favorisent l’entraide et la coopération et permettent de faire face à des situations de plus en plus complexes en étant accompagnés par des pairs.

 


De nombreux programmes de mentorat ont été mis en place au sein de services de santé, notamment au Canada, aux Etats Unis et en Grande Bretagne, qui semblent efficaces dans l’accompagnement des patients ou du personnel. Quelques exemples.

 

Au Canada, par exemple, l‘hôpital d’Ottawa a mis en place un programme de mentorat en faveur des professionnels de la santé dans le but « d’aider à trouver des solutions à certains problèmes comme l’usure de la compassion, la capacité à prendre soin de soi-même, le renforcement de la pratique et l’acquisition de nouvelles aptitudes ». Selon eux, le mentorat permet à leurs personnels de santé de mettre leurs compétences et connaissances à la disposition de leurs collègues pour les aider à se perfectionner dans leur travail, tout en apprenant davantage sur leur propre pratique professionnelle dans les différents services de santé.

Autre exemple, le CEVQ (Centre d’excellence du vieillissement au Québec) a lancé une équipe de mentorat spécialisée qui intervient non seulement pour soutenir l’équipe soignante mais aussi la personne âgée et les proches aidants lors de situations gériatriques complexes. Leur mission est notamment de favoriser le transfert des connaissances nouvelles pour accompagner les organisations et le personnel soignant dans l’analyse de problèmes gériatriques et dans la recherche de solutions. Ce service intervient directement auprès de personnes âgées en milieux cliniques et de leur personnel. Le but est de bien intégrer les connaissances de la formation liée au CEVQ et d’aider au développement des équipes de 1ères et 2èmes lignes. Ainsi, ce programme se focalise à la fois sur le personnel et sur les patients, une double manière de bénéficier de l’efficacité du mentorat.

Pour les patients

Une forme de mentorat original « le mentorat de rétablissement« , a été lancée par l’Université de Montréal dans le champ de la santé mentale, sous la forme d’un « partenariat patient ». Il s’agit du « premier programme Nord-Américain pour des usagers et proches d’usagers en rétablissement qui apprennent les uns des autres » dont bénéficient également aux étudiants en sciences de la santé et en médecine. Ce programme est fondé sur le principe que « tout patient devrait en effet être au moins partenaire de ses propres soins, autant que possible et dans la mesure qui lui convient ». Dans ce programme, le mentor pair aidant est une personne qui présente ou qui a présenté un problème de santé mentale et dont les aptitudes personnelles, les compétences et la formation de mentor pair aidant en font un modèle de rétablissement positif. Il représente « une source d’espoir et de reprise du pouvoir d’agir, procure un soutien social en brisant l’isolement, fait bénéficier les patients d’une reconnaissance de leur vécu, participe à la réduction des hospitalisations, facilite le maintien de la personne dans la communauté tout en rehaussant la qualité des services offerts. »

En Grande-Bretagne, des pratiques comme le coaching et le mentoring commencent à être proposées par des oncologues à leur patients à l’image de celles proposées au Fountain Center – Living with Cancer dans le Surrey, pour contribuer à la guérison de patients atteints de cancer. Ils utilisent le mentorat dans le cadre du traitement des patients par le biais de la méthode d’oncologie intégrative, qui repose sur l’alternance de traitements médicamenteux et de pratiques d’accompagnement complémentaires. Le mentorat participe à la guérison psychologique des patients, en leur apportant un soutien moral, puisqu’ils vont se sentir entourés et écoutés, ce qui accompagne la guérison physique. D’autres expériences de mentorat entre pairs ont été menées avec succès qui permettent à des patients atteints de cancer d’être mentorés par d’autres patients ayant développé des stratégies d’adaptation (de »coping » en anglais) afin de les aider à combattre le stress, les émotions négatives ou la dépression.

Pour les médecins

Par ailleurs, des programmes de mentorat ont été mis en place dans les pays anglo-saxons, notamment aux États Unis et au Canada, en faveur des médecins. Ainsi une étude nationale, menée en 2020 aux États-Unis auprès de jeunes chirurgiens de l’American College of Surgeons qui avaient été mentorés par des chirurgiens à la retraite, a montré que le mentorat a pu les aider dans trois principaux domaines : renforcement de la confiance, adaptation à une nouvelle culture institutionnelle et aspects commerciaux et administratifs de la pratique. Selon cette étude, la proportion de jeunes chirurgiens non mentorés quittant leur premier emploi était presque le double de celle des chirurgiens qui avaient reçu un mentorat.

Parmi les résultats de plusieurs études menées au Royaume Uni, il a été observé que le mentorat pouvait avoir un impact positif sur le bien-être des médecins. Et que l’accompagnement par des pairs « pouvait améliorer les relations de travail, augmenter les possibilités de réseautage et mener au développement des compétences en communication ». De même, il a été démontré que les activités de mentorat amélioraient la pratique professionnelle et la collégialité tant chez les mentorés que chez les mentors, en facilitant l’amélioration des relations de travail et du travail d’équipe.

Ainsi, il existe divers exemples de dispositifs de mentorat mis en place dans les services de santé étrangers, sous différentes formes. Il s’avère être un nouvel atout indéniable à la fois pour le soutien aux personnels de soins et pour les patients. Alors que les soignants ont été fortement éprouvés par la crise du Covid 19, les hôpitaux et services de santé français pourraient s’en inspirer et eux aussi tirer des bénéfices de l’expérience du mentorat.